Mosquée d'Orly - Association Socio-culturelle et Cultuelle des Musulmans (ASCM)
SEJOUR ANDALOUSIE 2014
"Le Triangle d'Or"

Mémoires d'al Andalous (suite)


Suite au premier séjour en Andalousie organisé en 2011 (voir onglet Culturel/Evenements/sejours culturels) , nous voici embarqués à nouveau pour l'Andalousie en avril 2014, sur une nouvelle thématique " Le Triangle d'or " (les 3 sites incontournables de l'histoire d'al andalous, Grenade, Cordoue et Séville).

La particularité de ce nouveau séjour c'est l'interet porté à la période tragique de l'après Andalous, avec la visite des Alpujaras (voir plus bas), lieu et symbole de la révolte des Morisques. Il s'agit des musulmans deumeurés en Espagne après la chute de Grenande en 1492 et qui passerent sous la domination des rois catholiques, dabord en tant que "Mudekhars" (du mot arabe Mudajjin qui veut dire dominé), mais toujours musulmans, puis en tant que "convertis" (convertions forcées mais de façade) sous le nom de "Morisques"

Quoi de plus satisfaisant pour nous autres initiateurs de ces projets que de voir tant d'intêret porté par les participants à ce séjour, riche en information sur l'histoire, sur leur histoire. Quelle belle rétribution que de les voir s'exprimer et manifester leur satisfaction à travers differents supports de communication (notes de voyage, photos, vidéos, poèmes, échanges sur les réseaux sociaux...) 

En témoigne le poème et le carnet de voyage rédigé par une de nos soeurs Zackia, riche en informations et avec un brin d'humour, dont nous vous invitons à prendre connaissance. Voici en avant gout l'extrait d'un poème d'Ibn Khafaja que la soeur a choisi, qui donne un aperçu de la douceur de vivre en Andalous.
vasque alhambra
Ô habitants d’El Andalous !
Quel bonheur pour vous
D’avoir eaux, ombrages,fleuves et arbres
Le jardin de la Félicité n’est ailleurs que dans votre territoire.


Ibn Khafaja (Xe siècle) dans ce poème sous-entendait que le paradis terrestre se situait en Andalousie et j’imagine qu’à l’époque les visiteurs étaient fascinés par ce qu’ils découvraient. Il est vrai qu’El Andalous et plus particulièrement Grenade ont un charme fou qui attire et captive le visiteur.




Carnet de voyage en Andalousie
Par Zackia Ghattout

« Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page. »  disait très justement l’écrivain Eugène Dabit.

Lorsque nous voyageons, nous avons souvent le souffle coupé par la beauté des lieux, la diversité culturelle et la multiplicité des idées et souvent le voyage permet la découverte de soi, nous appréhendons nos peurs et nous dépassons nos limites. Nous, musulmans, devons voyager au moins une fois dans notre vie pour le pèlerinage ou la ‘omra mais voyager pour s’instruire ou voir d’autres horizons est véritablement bénéfique.

Cette année avec la mosquée d’Orly, nous avons entrepris un second voyage en Andalousie du 19 au 26 avril 2014. Toutefois, la particularité de ce voyage consistait à étudier une période tragique d'al Andalous, ou plutôt de l'après Andalous, celle ou les musulmans d'Espagne passerent sous la domination des rois catholiques.C’est donc avec un plaisir sincère que je partage avec vous mes impressions sur ce séjour.



Vendredi 18 avril 2014 : Au revoir la France, bonjour l’Espagne.

voyage 1Notre voyage a débuté le vendredi 18 avril au soir  à la mosquée d’Orly. C’est là que nous nous sommes tous réunis afin de prendre le carvoyage 2 jusqu’à Barcelone puis Grenade. 
Notre groupe se constituait d’environ 52 personnes : il y avait les jeunes adolescents qui ont pris place au fond du car accompagnés de leur référent, puis venait le tour des jeunes filles et enfin les familles à l’avant du car.
Dès le départ, avec l’organisateur du voyage nous avons lu le dou’a du voyage afin que Dieu nous le facilite et notre guide nous  a réexpliqué le programme du voyage ainsi que les règles du savoir-voyager.

Notre voyage de nuit s’est très bien passé surtout que nous avions deux  conducteurs d’exception, le car était convenable et nous nous arrêtions toutes les 3 heures pour nous dégourdir les jambes et prier le fajr.


Samedi 19 avril 2014 : Barcelone en une journée, le défi. 

barcelone 7barcelone 2
Un magnifique soleil nous attendait à Barcelone, cela a mis en joie tout le groupe parce que nous avons quitté la France sous la pluie. Arrivés auxbarcelone  5 alentours de 13h, nous avons flâné tout au long des Ramblas de Barcelone (équivalent des Champs Elysées à Paris), les prix sont certes  très excessifs mais il y a des tas de petits restaurants et de magasins. Nous avons décidés de déjeuner avec le groupe chez un kebab dans une ambiance très conviviale.Après la prière, nous avions quartier libre jusqu’à 21h environ et on en a bien profité.Nous avons emprunté le métro espagnol (L5) pour visiter le principal monument de Barcelone à savoir la Sagrada Familia, chef d’œuvre d’Antoni Gaudi  dont la construction a débuté en 1882 et se poursuit toujours. J’ai trouvé ça impressionnant par sa grandeur, cette volonté de gigantisme, en revanche au niveau esthétique je n’ai pas apprécié. Mon point de vue reste à nuancer puisque je n’ai pas visité l’intérieur et que ça ne me parle pas.



barcelone 5
Le moment le plus intense a été le téléphérique. Ça faisait déjà un petit moment que je voulais le tester. Nous sommes allés à la plage de San Sebastian à la Barceloneta pour prendre ce qu’ils appellent ici ”teleféricodelpuerto” qui relie donc la Barceloneta à la colline de Montjuic en passant au dessus du port (11 euros pour 10 mn,avec une queue monstre ). Mais cela valait vraiment le coup ! C’est juste splendide, la vue est à couper le souffle et le téléphérique donne de grosses frayeurs (il vacille, la vitre est ouverte et c’est cela qui lui donne tout son charme). Je le conseille fortement à tout le monde.barcelone 8Par la suite, nous sommes passées rapidement par les fontaines magiques de Montjuic qui offrent un spectacle inoubliable de son et lumière et nous avons terminé notre journée en visitant las Arenas de Barcelona au style hispano-musulman, anciennement lieu de corrida, aujourd’hui centre commercial qui regroupe entre autres des marques espagnoles connues. Les cotés positifs étant les prix avantageux et la plus grande disponibilité des produits. Notre première journée se termine ainsi. Le défi est relevé.



Dimanche 20 avril 2014 et lundi 21 avril 2014 : Grenade, à la découverte de l’Albaycin . 

Nous sommes arrivés à Grenade  le dimanche sous une pluie diluvienne.  L’installation à l’hôtel s’est très bien déroulée, le personnel était agréable et les chambres convenables. Comme il pleuvait fort, nous avons inversé le programme du vendredi et du lundi.
grenade 2
Le lundi de pâques, sur la place Bib-Rambla, notre guide nous a expliqué ce qu’était Al Andalous :

Qu’est ce que Al Andalous ?

Al Andalous désigne à la fois un espace et une période de l'histoire espagnole.

En tant que période historique, al Andalous  couvre environ  800 ans d'histoire espagnole, de 711 à 1492. La première date correspond au début de la conquête musulmane de l'Hispanie et la dernière à la chute du dernier royaume musulman d'Espagne, celui de Grenade, qui se rend aux  Rois Catholiques, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, ces derniers achevant la Reconquista, c'est-à-dire la reconquête de l'Espagne par les chrétiens. 

En temps qu'espace, al Andalous désigne l'ensemble des terres de la péninsule ibérique (Portugal y compris) qui sont sous domination musulmane de 711 à 1492.  Attention, pendant très longtemps, l'Andalousie n'a été qu'une petite partie d’al-Ándalous. Ce n'est que vers la fin de la Reconquista qu'elle est devenue le centre du territoire musulman avecle royaume de la dynastie nassride et qui a fini par se réduire à la seule région de Grenade.

Cette histoire complexe d'al Andalous se divise en trois périodes simplifiées: 

·         La Conquête musulmane  et l’Emirat omeyyade puis le Califat de Cordoue, fondés respectivement  par Abd el Rahman Ier (dernier prince  omeyyade de Baghdâd) et Abd Rahman III (arrière petit fils du premier) entre 711 et 1031.

·         L'époque des taïfas (petits territoires dirigés par des roitelets. Période de divisions), de 1031 à 1492, qui se subdivise elle-même en plusieurs périodes.

·         Le royaume de Grenade, créé en 1238 par les Nasrides et vaincu en 1492.


Après ces informations, nous avons  visité le quartier de l'Albaycin surnommé ainsi apparemment en référence à  l'a
rabe al-ba'isîn qui signifie les misérables. Ce quartiergrenade 5grenade 3 était à l'époque des Nasrides un faubourg peuplé très majoritairement par des musulmans pauvres qui fuyaient la Reconquista espagnole. L’Albaycin est donc le célèbre quartier de Grenade. Il commence le long du Darro (rivière) et est situé sur une colline qui donne énormément de magnifiques points de vue sur Grenade, sur l'Alhambra et sur la Sierra Nevada enneigée.



grenade 4Toutes les rues de l'Albaycin sont pavées et montent rudement. Le quartier est donc principalement piéton, très calme et très agréable à vivre. Les maisons sont d'architecture arabe et on a vraiment l'impression d'être au Maghreb. Ce quartier invite à la flânerie, il se dévore des yeux et c’est un plaisir de se perdre dans les ruelles lorsqu’il fait beau (nous avons eu cette chance le vendredi 25 avril) pour apprécier le jeu de lumière, les fleurs, les patios et s’imprégner de l’atmosphère voire même de l’esprit du quartier. Dans la soirée, nous avons prié dans une très belle mosquée rénovée. C'est la première mosquée officielle construite à Grenade depuis la chute d'al Andalous en 1492. Elle fut inaugurée en 2003J’ai vraiment apprécié ce moment de communion et de paix.



Mardi 22 avril 2014 : Cordoue, la charmeuse. 

cordoue  1Arrivés à Cordoue vers 12h30 sous un beau soleil, nous avons déjeuné tout en écoutant les informations transmises par notre guide.

Cordoue  a longtemps été synonyme de ville de tolérance, de fusion des cultures, d'harmonie réussie entre des peuples différents : musulmans, juifs et catholiques. Tout au long du Xe siècle, Cordoue rivalise avec Baghdâd par la taille, la population (vers l'an mille, Cordoue est une des villes les plus peuplées d'Occident), la magnificence (la ville compterait  plus de six cents mosquées et neuf cents bains publics) et surtout la culture. D’ailleurs,  la ville était  renommée dans la fabrication de papier et de livres.  Mais c’est particulièrement l’artisanat qui était très présent à Cordoue : on y travaillait le cuir (le cuir cordouan  qui donne  « Cordoue »).

cordoue  10Nous nous sommes d’abord intéressés à la Torre de la Callahora. C’était une forteresse arabe du  XIV siècle, située sur la rive gauche du Guadalquivir (du nom arabe al ouad al kabir qui veut dire le grand fleuve), elle était censée défendre le pont romain.  La beauté de cette tour réside dans ses belles et imposantes pierres réchauffées par le soleil ainsi que par cette architecture almohade (les deux tours initiales) et mudéjare (troisième tour carrée et tours cylindriques).Cette tour est devenue aujourd’hui le musée Roger Garaudy desTrois Cultures. Elle offre différents exemples de la cohabitation des cultures juive, chrétienne et musulmane de la Cordoue médiévale.

cordoue  7A l’entrée, nous sommes accueillis avec le sourire et en français. On nous offre un audio-guide afin que la visite soit instructive et  les commentaires se déclenchent de salles en salles. Il y en a pour tous les goûts, cela va des instruments chirurgicaux aux cartes, aux scènes dialoguées entre Maimonide, Averroès (Ibn Rushd), Ibn 'Arabi et le roi Alphonse le Bon, puis aux maquettes qui reconstituent des scènes de vie  à l’époque des califats agrémentées de musique de l’époque. A cela s’ajoute une très belle maquette de l’Alhambra et de la Mosquée Cathédrale. Enfin, nous avons eu une vue imprenable sur le Guadalquivir,  son pont romain et la fameuse Mezquita Catédrale. Cette visite a été véritablement instructive, impressionnante et elle a procuré beaucoup d’émotions.
cordoue  pont romain
Nous traversons ensuite le fameux pont romain pour nous diriger vers  la Mezquita Catédrale. Ce monument  est classé au patrimoine de l’Humanité depuis 1984, ce qui montre toute son importance et son originalité. Il s’agit d’un ancien temple romain devenu église puis mosquée.

La construction de la mosquée de Cordoue débute près de trente ans après l'arrivéecordoue  8 d'Abd al-Rahman Ier sur la péninsule, après sa fuite de Damas et  de la vengeance meurtrière des Abbassides. C’est peut être la raison pour laquelle cette mosquée rappelle tant  celle de Damas.  L’édifice initial de  Abd al-Rahman Ier en 786 comprenait une cour carrée,  la cour des orangers entourée d'un mur d'enceinte et sur laquelle s'ouvrait complètement la salle de prières, de forme rectangulaire, cordoue  9composée de onze nefs. Le Mihrab,  la niche qui indique la direction de La Mecque et où se trouve l’imam, est un véritable joyau avec ses mosaïques, ses colonnes et sa coupole magnifiquement décorée et taillée dans un seul bloc de marbre. Elle a été agrandie trois fois de suite par ses successeurs, pour finir par couvrir 23 000 m2 et devenir ainsi la plus grande mosquée du monde (à l’époque) après celle de La Mecque.
cordoue 4
Au XIIIe siècle, une église a été reconstruite après la Reconquista par le roi Ferdinand III de Castille. cordoue 5Pour cela, Ils ont muré  l'ouverture entre la cour et la salle de prière, ne conservant qu'une porte d'entrée (Puerta de Las Palmas) et ils ont  abattu des rangées de colonnes pour dégager la place de la Chapelle Royale.Au XVIe siècle, les religieux espagnols décident de doter Cordoue d'un édifice beaucoup plus somptueux. Ils démolissent  une partie importante du centre de l'édifice pour y édifier une cathédrale  incrustée dans la mosquée, rompant les belles perspectives des colonnes.

Ce monument reste  le témoignage  de la présence musulmane en Espagne du VIIIe au XVe siècle.Cela semble déranger énormément puisqu’il est formellement interdit d’y prier. D’ailleurs, le statut de ce monument religieux est disputé car certains veulent lui imposer le seul nom officiel de cathédrale et par conséquent jeter aux oubliettes  la composante musulmane en réécrivant l’histoire de la Mezquita Catédrale. Il est vrai que l’on ne peut être que nostalgique en entrant dans ce monument aujourd’hui très sombre (puisque les portes sont murées)et pleines d’autels de saints.Même Charles Quint, lors de sa visite, regrette la transformation de cet édifice : « Vous avez détruit ce que l'on ne voyait nulle part pour construire ce que l'on voit partout. ». Mais il faut voir le bon coté des choses : nous avons la chance d’avoir sous les yeux le monument le plus accompli de l'art architectural des Omeyyades de Cordoue .


cordoue 6Après la visite de la Mosquée-Cathédrale, nous avons eu le temps de visiter le quartier de la Judéria, l'ancien quartier juif de Cordoueaujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco.  Ce quartier est un dédalle de petites rues agréables : on a déambulé entrecordoue  3 ses maisons blanches aux grilles de fer forgé qui ouvrent sur des patios fleuris. Les rues piétonnes, trop étroites pour les voitures, ainsi que les balcons ornés de belles fleurs sont une invitation à la tranquillité. Nous avons fini notre visite par l’accomplissement de notre prière dans une petite mosquée dans le quartier de la Judéria, suivi d'un  bon dessert : un pot avec une base de yaourt légèrement sucré (différentes saveurs sont disponibles) surmonté de fruits au choix et agrémenté de biscuits en miettes, amandes ou bonbons. Délicieux !


Mercredi 23 avril 2014 : la visite inoubliable de la campagne, dans les Alpujarras.

 9h - Départ pour les Alpujarras

alpujarras  14Les mots qui me viennent à l’esprit pour décrire les Alpujarras sont  blancheur,  lumière éclatante presque aveuglante, authenticité, neige éternelle. Las Alpujarras sont une chaine montagneuse du sud de l'Espagne , partagée entre les province andalouses  de Grenade  et d'Almería . Elles se situent sur les flancs sud de la Sierra Nevada . Nous avons visité celle de Grenade avec les villages d’Orgiva et Pampaneira, très jolis villages typiques de la région.

 Il existe plusieurs étymologies concernant le nom Alpujarras. La plus plausible est celle  dérivée du terme arabe al Busherat, traduisible par "Terre de l'herbe" ou "Terre des pâturages".  Il est vrai que cette région coupe le souffle par son paysage et son histoire. Elle semble avoir une âme et je rejoins sur ce point Jacques de Lacretelle qui dit : «  la ville a une figure, la campagne a une âme »

alpujaras 1En car et en plein ascension des Alpujarras, à travers une route sinueuse mais sur fond de panorama magnifique, un arrêt s’impose sur le pont Nasride. Ce pont se situe à proximité du village de Lanjaron (lieu de production d’une eau minérale locale du même nom vendue dans tout le pays). Un petit cours d’histoire sur le pont nous fut dispensé par notre guide. 

Le pont Nasride date de l’époque du dernier royaume musulman de Grenade et a joué un rôle stratégique important, aussi bien pour le royaume pendant les guerres avec les rois catholiques que lors de la révolte morisque des Alpujarras environ 1 siècle plus tard. 

alpujaras 2Arrivés à Orgiva, notre visite s’effectue d’abord par une randonnée magnifique à la campagne, le long de cours d’eau et à travers citronniers, orangers et fleurs de toutes sortes. De belles maisons ça et là sont paisiblement installées.

C’était éprouvant mais très gratifiant.  Nous remplissions nos yeux et nos oreillesalpujaras 3 du chant des ruisseaux et de la beauté de la nature, nous humions l’air frais de la campagne, le parfum des orangers, des figuiers et des amandiers. Comme le climat est doux et que les ressources en eau (Sierra Nevada) sont importantes, la terre est très fertile. En chemin, nous avons trouvé plusieurs oranges par terre. Alors, je tiens à rendre honneur à ces oranges: elles ne sont pas belles mais elles sentent divinement bon. Grace à mon couteau suisse (toujours en avoir un en voyage) nous avons partagé  et Macha’ Allah chacun en a eu. Les oranges étaient juteuses, sucrées et succulentes pour un mois d’avril. 


alpujaras 10Vers 13h, nous sommes arrivés dans un endroit paisible en pleine campagne et presque au pied de la montagne dans une Zaouïa (petite mosquée Soufi où ne sont privilégiées que la méditation et la prière). Assis, nous avions un paysage d’exception face à nous, l’ambiance était magique, le jeu de lumière époustouflant, on sentait de la sérénité dans cet endroit. Il reste l’un des plus beaux souvenirs du séjour.alpujaras 4 Après être accueillis avec le thé de l’amitiéun excellent repas commandé d’avance nous fut servi. Les serveurs et le responsable des lieux étaient très sympathiques et le repas succulent (houmous et pain libanais, paella et cheese-cake aux amandes le tout accompagné d’une citronnade à la menthe.  Mention spéciale pour le houmous et le cheesecake (délicieux).

alpujaras 5Après cela, nous avons prié dans la zaouïa, puis un agriculteur du coin nous a vendu sur place sa production d’huile d’olive (bouteille de 3 litres) et de miel (de châtaigniers et de milles fleurs). Honnêtement, le prix était convenable et la qualité excellente. A ses cotés, sa femme vendait des produits artisanaux et des CD de musique soufi (je n’ai pas pensé à en acheter  mais heureusement il est disponible à la bibliothèque de la mosquée d’Orly). C’est un couple très sympathique d’origine espagnole converti depuis longtemps à l’islam. Et pour finir, le responsable des lieux nous a gracieusement offert des citrons cueillis dans le jardin de la mosquée (j’ai vraiment insisté pour en avoir et je n’ai pas regretté : ils sont excellents aussi). Tout est excellent là-bas !

Evidemment, le retour à pieds à travers la campagne jusqu’à Orgiva était douloureux à cause des charges,  mais cela valait vraiment la peine.

alpujaras 9Plus tard, à Pampaneira, j’ai été frappée par la blancheur et le jeu de lumière sur ce village (je comprendsalpujaras 8 pourquoi beaucoup d’artistes s’y installent) mais aussi par les rues pavées, l’extraordinaire architecture des lieux qui conserve la tradition alpujarrena de maisons blanches et de toits plats avec cheminées. C’est donc un émerveillement pour le regard et cela explique le nombre croissant de touristes dans cette zone.

Il faut noter la richesse et la variété de son artisanat, qui embrasse tout genre de céramiques (assez chers) et des tissus tels que les jarapas (sorte de tapis) et autres objets typiques de la région. J’ai eu la chance d’acheter de  très beaux foulards en soie à 8 euros et des pierres semi-précieuses. La vendeuse était adorable et nous a offert une carte postale du village.

alpujaras  11Maintenant, il faut que je vous parle d’eau et plus particulièrement des fontaines de Pampaneira. Certaines d’entre elles sont des eaux minérales voire médicinales, et d’autres, comme celle de Chumpaneira, ont, selon les rumeurs, des pouvoirs marieurs. Sur le mur, situé sur les trois tuyaux du pilier, il est écrit que le célibataire qui boit cette  eau avec l’intention de se marier aura une fiancée.

Je n’ai pas testé « la fontaine marieuse »  mais j’ai bu à une source d’eau fraiche, c’était désaltérant et rafraichissant. Je ne sais pas si c’est psychologique mais je sentais que ça faisait du bien au corps.

La promenade de ce village était très relaxante et agréable.alpujaras  13 

L'influence des Morisques peut être observée dans  la cuisine, les tapis, l'architecture similaire à celle des Berbères  de l'Atlas en Afrique du nord, et l’agriculture. D’ailleurs, les Alpujarras ont représenté le dernier refuge des morisques, autorisés à y demeurer  après la chute de Grenade en 1492. À la suite de la révolte morisque de 1568, la population a été expulsée d'une région qui leur avait servi de base militaire. Sur ordre de la couronne, deux familles morisques ont été obligées de rester dans chaque village pour aider les nouveaux habitants arrivés du nord de l'Espagne (AsturiesGalice et León principalement) à s'installer et à cultiver la terre (terrasses, irrigation).


Jeudi 24 avril 2014 : Séville la paisible.

Alcazar provient du mot arabe "al Qasr" qui signifie «château fortifié». Situé à Séville, ce palais fortifié  est construit par les Omeyyades d'Espagne à partir de 844 sous le règne de l'émir Abd al-Rahman II. Ce monument a été modifié à plusieurs reprises durant la période musulmane, notamment sous les Almohades.  Pierre Ier, suite au tremblement de terre de 1356 qui  a détruit une grande partie de Séville, y ajoute un splendide palais de style mudéjar. On raconte qu’il avait décidé de détruire le Palais car il ne voulait pas habiter dans une demeure arabe. Seulement devant tant de beauté il n’a pas pu le faire, c’est pourquoi il construit sa résidence royale au cœur de l’Alcazar. Il est depuis plus de sept siècles une résidence royale : la famille royale d'Espagne utilise aujourd'hui l'étage et  il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1988.

seville 1L’Alcazar Réal est une merveille d’architecture intemporelle. C’est un écrin de verdure en plein cœur de Séville, une rencontre  avec le passé historique de la ville. Ce palais multiculturel  m’évoque les contes des milles et une nuit avec ses salles magnifiques et son parc où bruissent les fontaines en marbre, les patios somptueux qui amènent à des jardins labyrinthes. On y sent le raffinement à chaque recoin.seville 4

L’entrée se fait  par la  porte de la Lionne, mur recouvert d’un enduit de rouge, elle est à 9.50 euros par personne et il me semble qu’il y a une réduction conséquente pour les étudiants. Le prix est donc raisonnable pour ceux qui aiment visiter les musées et s’imaginer marcher sur les pas des anciens sultans.

 Il faut à mon avis une bonne journée pour le visiter. Le palais n’est plus meublé, mais on peut admirer les décorations murales d´inspiration mauresque, les mosaïques, bas reliefs et sculptures de  pierre. Il est composé de 11 sections avec sur la façade  une frise de céramique qui reprend à huit reprises  la devise des nasrides : « Il n’y a pas de vainqueur sinon Allah ».

 seville 2Mes 3 coups de cœur vont d’abord vers le Patio des demoiselles (Patio de las Doncellas datant du XIVe siècle) qui est la cour centrale avec son magnifique bassin, il assure la liaison entre les principales salles du palais. C'était ici que les rois, émirs et les autres monarques faisaient la queue en attendant leur rendez-vous.  La légende  raconte que les Maures demandaient 100 vierges par an comme tribut et hommage de la part des royaumes chrétiens de la péninsule ibérique. L’histoire de cet hommage a été d’ailleurs  utilisée comme mythe pour appuyer la Reconquête de l’Espagne .seville 3 

Le Salon des Ambassadeurs avec sa décoration mudéjare m’a laissé sans voix, son plafond en bois et en or symbolisant le ciel étoilé et plus généralement l’univers m’a coupé le souffle. On peut noter les étoiles à 8 branches, associées à différents autres polygones qui  s’organisent pour former des étoiles plus grandes. Ce type de décoration que l’on retrouve à  L’Alhambra  illustre le goût des Arabes pour les mathématiques. L’art musulman privilégie ainsi  un décor  mathématique qui est un hommage à la perfection de Dieu. Il faut imaginer le travail acharné des ouvriers ou plutôt des artistes pour réaliser cette merveille qui subjugue chaque visiteur.

C’est d’ailleurs dans cette salle que le roi, conscient de sa magnificence et donc de son pouvoir, recevait ses hôtes de marque et les impressionnait. Le jeune Charles Quint a choisi ce salon pour y célébrer ses noces avec  Isabelle du Portugal. 

seville 6Enfin, le patio de las Muñecas (la cour des poupées) était la partie privée et le centre de la vie familiale dans l'Alcazar. Cette cour tient son nom des petites têtes sculptées dans des coins de ses colonnes.  Franchement, on a eu du mal à les trouver tant les têtes sont petites mais j’aime à penser que les souverains avaient un certain sens de l’humour puisqu’ils devaient aussi s’amuser à les rechercher. Ce patio est certes petit mais tout n’est que délicatesse : on a l’impression qu’il est recouvert de dentelles de pierreseville 8

Le reste de la journée, certains membres du groupe ont fait de la barque sur le paisible Guadalquivir tandis que d’autres  ont admiré le parc de Maria Louisa à proximité de la plazza España 


Séville et son fameux palais de l’Alcazar font partie du passé et ce sont  les paroles du poète andalou Abu al Beca al Rundi dans son oraison funèbre Thrène de Séville qui me reviennent à l’esprit :


L’islam disparut de maints pays et contrées.

Prenez à Valencia
  nouvelles de Murcie,

Et où est Xàtiva, plutôt où est Jaén ?

Et où est Cordoue, qui est la cité des sciences

Où tant de savants connurent un grand renom ?

Où sont donc Séville et toutes ses promenades ?

Où est son fleuve à l’eau douce, toujours abondant ?

Ce sont les pierres angulaires du pays.

Comment y demeurer, dès lors qu’elles ne sont plus ?


Je vous invite à lire l’intégralité du poème, vous verrez qu’il  est d’actualité : http://cdlm.revues.org/4901#ftn21



Vendredi 25 avril 2014 : Grenade la magnifique.

alhambra 14En ce dernier jour très ensoleillé, notre programme se résumait à la visite de l’AlhambraEt l’envoutement a opéré. Les magnifiques palais Nasrides,  les stucs finement ouvragés, le cisèlement des pierres,  les jeux de reflets et de musique avec l’eau, symbole de vie, hypnotisent le visiteur. Il y a de la magie dans ce lieu, c’est véritablement un  palais digne des Mille et une nuits qui invite à la rêverie.Victor Hugo a bien décrit ce lieu dans les Orientales  XXXI (Grenade) du Livre III :





« L'Alhambra ! l'Alhambra ! Palais que les génies


Ont doré comme un rêve et rempli d'harmonies.

Forteresse aux créneaux festonnés et croulants

Où l'on entend la nuit de magiques syllabes,

Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,

Sème les murs de trèfles blancs. » 


Et  au détour d’une  fontaine, on ne peut que s’interroger, combien de sultans sont passés ici? Combien de  fêtes s’y sont déroulées ? Combien d’enfants y ont joués?  Combien d’intrigues se sont nouées dans un recoin de jardin? Quelles décisions stratégiques ont été prises dans ces immenses et sublimes salles de réunion?



Qu’est-ce que l’Alhambra ?

alhambra 8Il s’agit d’une énorme forteresse (2200 mètres de remparts) située sur la colline de la alhambra  2Sabika, qui domine la plaine et la ville de Grenade.  On peut apercevoir au loin les sommets enneigés de la Sierra Nevada.  Son nom vient de l’Arabe, « la Rouge » car sa pierre devient rouge au coucher du soleil selon une étymologie. Il s’agit d’un ensemble palatial construit au fil du temps depuis le Moyen Âge (1238).Il est composé par l’Alcazaba, les Palais nasrides, les Jardins du Partal, le Généralife  et le Palais de Charles Quint.  Avec 4 entrées et autant de sorties, il n’est pas facile de tout voir en une seule visite. Du coup, la visite doit être planifiée et organisée avec précision.alhambra  5
alhambra  6
Les palais nasrides, véritable attraction de l’Alhambra, constituent donc  un complexe de bâtiments ornementaux bâtis sur plusieurs générations. Les salles sont communicantes et donnent sur des cours intérieures appelées patio. Il faut noter la répétition d'une phrase, devise des nasrides, reproduite sur les façades Wa la ghaliba illa-Allah  (nul victorieux à part Dieu) ainsi que des poèmes du célèbre Ibn Zamraq, poète de l’Alhambra, épigrafiés sous differentes formes calligraphiques sur les murs des palais.



Le Palais des Lions
alhambra  7alhambra  3Le palais des lions était une zone réservée à la vie familiale. Ce magnifique lieu possède une beauté de grande sensibilité et harmonie : la lumière, l’eau, les couleurs, la décoration exquise font de ce palais un merveilleux plaisir pour les sens. La fontaine centrale est composée de 12 lions en marbre.  Le symbolisme de ces 12 lions n’est pas très clair,  il existe plusieurs hypothèses : symbole astrologique (les douze signes du zodiac), symbole du Paradis baigné par 4 rivières représentées par les 4 petits canaux en marbre blanc. Quoiqu’il en soit, c’est un symbole du pouvoir du Sultan

Retour France 26/04 


Le retour s’est très bien déroulé. Nous étions certes fatigués mais l’ambiance était chaleureuse. J’ai personnellement  rencontré des gens formidables, avec un bon sens de l’humour, de l’éducation et de bonne compagnie. Il n’y a rien de plus agréable que de faire un voyage avec des gens sympathiques parce que cela repose l’esprit. Peut-être a-t-on eu de la chance de tomber sur ce groupe.

Les découvertes faites durant ce voyage, quelles soient  historiques, religieuses ou d’ordre personnel m’ont permis de m’améliorer. Je ne garde de ce voyage que de bons souvenirs. 

Quoi qu’il en soit,  je souhaite à ceux qui voyageront via notre association de ressentir tout le plaisir que j’y ai trouvé. J’espère, par la même occasion, vous avoir donné envie de voyager à travers ce carnet.

Le voyage change votre façon de penser, de regarder, d’écouter et de communiquer. Il vous invite à rire, à vous émouvoir, à être tolérant et  patient. Il vous enrichit et vous fait vous découvrir.